Le Dernier Jour d’un Condamné — le réquisitoire de Victor Hugo
Publié anonymement en 1829, ce court roman de Victor Hugo n’a qu’un but : rendre la peine de mort insupportable à qui le lit. Comprendre ce projet, c’est comprendre tous les choix d’écriture de l’œuvre — et répondre juste le jour du régional.
L’auteur et le projet
Victor Hugo (1802-1885) a vingt-sept ans quand paraît Le Dernier Jour d’un Condamné, sans nom d’auteur. Il y ajoutera en 1832 une longue préface où il assume ouvertement son intention : obtenir l’abolition de la peine de mort.
Le livre n’est donc pas seulement un roman : c’est un roman à thèse, un plaidoyer. Chaque choix d’écriture sert la démonstration. C’est le fil qui doit guider toutes vos réponses d’analyse.
Le texte se présente comme le journal intime d’un homme condamné à mort, écrit pendant les six dernières semaines puis les dernières heures de sa vie. Il s’interrompt net, au moment de l’exécution.
La structure et le récit
L’œuvre compte quarante-neuf chapitres, très inégaux : certains font plusieurs pages, d’autres quelques lignes. Cette irrégularité imite le rythme d’un journal réellement tenu, et l’accélération de l’angoisse à mesure que l’échéance approche.
Le condamné raconte son procès et le moment où le verdict tombe, puis la prison de Bicêtre, le ferrage des forçats qu’il observe depuis sa fenêtre, le transfert à la Conciergerie, le rejet de son pourvoi, la visite de sa fille Marie — qui ne le reconnaît pas —, l’aumônier, et enfin le trajet vers la place de Grève.
Deux détails sont capitaux et tombent souvent : le narrateur n’a pas de nom, et son crime n’est jamais précisé. Hugo écarte tout ce qui permettrait au lecteur de se dire « moi, c’est différent ». Le condamné n’est personne en particulier, donc il pourrait être n’importe qui.
Les personnages
- Le condamné — narrateur anonyme. On ne connaît de lui que sa souffrance, sa lucidité et son amour pour sa fille.
- Marie — sa fille, trois ans. La scène où elle ne le reconnaît pas et le croit mort est le sommet pathétique du livre.
- L’aumônier — le prêtre de la prison. Sa bienveillance est machinale : il répète les mêmes phrases à tous les condamnés, ce qui la rend inutile.
- Le friauche — un vieux forçat rencontré à Bicêtre, qui raconte sa vie dans l’argot des bagnes. Il montre que la société fabrique elle-même ceux qu’elle exécute.
- Le geôlier, l’huissier, les gendarmes — des rouages. Ils font leur travail, sans haine, ce qui rend la machine plus glaçante encore.
Les thèmes et les procédés
La peine de mort. Hugo ne discute pas de la culpabilité : il attaque le principe même du châtiment.
La souffrance morale plutôt que physique. L’exécution dure un instant ; l’attente dure six semaines. C’est cette attente que le livre met sous les yeux du lecteur.
L’enfermement et le temps. Les murs se resserrent, les heures se comptent, le présent d’énonciation donne l’impression que tout se passe maintenant.
La focalisation interne. Tout passe par la conscience du condamné. Le lecteur ne peut pas prendre de distance : c’est un choix d’argumentation, pas seulement de narration.
Le registre pathétique. Il ne s’agit pas d’attendrir pour attendrir : l’émotion est l’argument. C’est ce que Hugo appelle plaider par le cœur plutôt que par le raisonnement.
Ce qui tombe le plus souvent au régional
- expliquer pourquoi le narrateur est anonyme et son crime tu ;
- identifier la focalisation et justifier son effet sur le lecteur ;
- analyser le registre pathétique ou tragique dans un passage donné ;
- relever un champ lexical (l’enfermement, la mort, le temps, le corps) et en tirer une interprétation ;
- les faits de langue : valeurs du présent, phrases exclamatives et interrogatives, modalisateurs, discours rapporté ;
- une production écrite argumentative sur la peine de mort, la justice ou la dignité humaine.
S’entraîner, pas seulement relire
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Pourquoi Hugo n’a-t-il pas signé le livre en 1829 ?
Pour que le texte soit reçu comme le document authentique d’un condamné plutôt que comme la thèse d’un écrivain connu. L’anonymat renforçait l’effet de vérité. Hugo assumera pleinement l’œuvre en 1832, dans une préface où il défend ouvertement l’abolition.
Quel crime a commis le condamné ?
On ne le sait pas, et c’est volontaire. Si le lecteur connaissait le crime, il pourrait juger l’homme et approuver la sentence. En le taisant, Hugo oblige à juger la peine elle-même.
Est-ce un roman ou un essai ?
C’est un roman à thèse, sous la forme d’un journal intime fictif. La forme est romanesque, l’intention est argumentative. Dans une copie, dire simplement « c’est un roman » est insuffisant : il faut nommer le projet de plaidoyer.